Film de la semaine, des rayons et des ombres jean dujardin
DR

Le film de la semaine : Les Rayons et les Ombres de Xavier Giannoli

Fidèle à son goût pour les destins pris dans les tourments de l’Histoire, Xavier Giannoli déploie avec Les Rayons et les Ombres un récit ample. La mise en scène épouse la lente dérive morale de ses personnages. Fresque historique de 3h15, le film dissèque la collaboration à travers une trajectoire intime et glaçante, portée par un Jean Dujardin impressionnant de noirceur.

Nous sommes en 1940. La France s’effondre et, dans son sillage, certains choisissent de plier — ou de profiter. Jean Luchaire, journaliste pacifiste devenu collaborationniste, s’abandonne peu à peu à l’emprise du pouvoir et de l’argent, sous l’influence du diplomate nazi Otto Abetz, incarné par August Diehl. À leurs côtés, Corinne Luchaire, révélée ici par Nastya Golubeva Carax, observe, subit, et finit par sombrer elle aussi. Le film, construit comme un long glissement moral, suit ce trio jusqu’à la débâcle de Sigmaringen et l’épuration. Porté par une voix off et des dialogues acérés, il mêle souffle romanesque et tragédie intime. Giannoli confirme son talent pour filmer les illusions perdues — celles des individus comme celles d’une époque.

Affiche film les rayons et les ombres
DR

Un film Scorsesien

Visuellement ample, presque scorsesien dans son énergie, Les Rayons et les Ombres impressionne par sa maîtrise et son ambition. Sa longueur devient une force : elle permet d’installer les nuances, de creuser les contradictions, de montrer comment l’on bascule, lentement, presque imperceptiblement. Mais le cœur du film reste ailleurs : dans cette question troublante. À quel moment cesse-t-on d’être innocent ? Le personnage de Corinne, fragile et aveuglé, incarne cette zone grise. Ni coupable évidente, ni totalement victime, elle cristallise toute l’ambiguïté morale du récit.

Le titre, emprunté à Victor Hugo, prend alors tout son sens : entre lumière et obscurité, Giannoli explore les failles humaines sans jamais simplifier. Jusqu’au verdict final, implacable, qui rappelle que certains choix ne relèvent pas seulement des circonstances.

Pourquoi il faut le voir ?
Parce qu’au-delà du film historique, Les Rayons et les Ombres tend un miroir dérangeant à notre époque : une société où les repères vacillent, où l’opinion peut glisser vers l’opportunisme, où les médias eux-mêmes peuvent perdre leur cap.