Dans Alter Ego, le double n’est pas un fantôme, mais un voisin. Plus beau, plus brillant, plus performant. Porté par un Laurent Lafitte (nouvellement Césarisé), en vertigineux double rôle, le film ausculte avec cruauté l’obsession moderne d’être “mieux que soi” et glisse subtilement de la comédie au malaise existentiel.
Un sosie parfait… avec des cheveux
Alex a un problème : son nouveau voisin est son sosie parfait. En mieux. Plus sûr de lui, plus séduisant, plus performant. Et surtout… chevelu. Personne ne remarque la ressemblance, sauf lui. Dès lors, le quotidien bascule dans une spirale d’angoisse et de rivalité absurde.
Avec Alter Ego, Nicolas & Bruno retrouvent leur terrain de jeu favori : la névrose contemporaine. Après leurs détournements cultes (Message à Caractère Informatif) et leurs précédents longs métrages comme La Personne aux deux personnes, ils signent une fable grinçante sur l’obsession de la réussite et la comparaison permanente.

Laurent Lafitte en double performance
Le pari du film repose sur la double incarnation de Laurent Lafitte, impressionnant dans les rôles d’Alex et d’Axel. Tonsure assumée, posture voûtée, regard inquiet d’un côté ; brushing impeccable, sourire ultrabrite et aisance insolente de l’autre. L’acteur compose deux personnages distincts sans jamais trop en faire.
Autour de lui, un casting jubilatoire : Blanche Gardin en épouse débordée, mais lucide, Olga Kurylenko en voisine trophée inquiétante, Marc Fraize et Zabou Breitman complètent cette galerie de personnages délicieusement décalés.
Comédie, thriller et satire sociale
Sous ses airs de comédie capillaire, Alter Ego glisse progressivement vers le thriller paranoïaque, flirtant même avec le fantastique. La COGIP, entreprise hors du temps déjà chère aux réalisateurs sur Canal+, devient le théâtre kafkaïen d’un effondrement identitaire.
Le film s’amuse des archétypes masculins : virilité, réussite professionnelle, performance sexuelle, image sociale. Et si notre pire ennemi était la version idéalisée de nous-mêmes ? À l’ère des réseaux sociaux, la question résonne avec une acuité mordante. Irrésistible.

