Depuis le 13 février, les Carrières des Lumières consacrent une création spectaculaire à Pablo Picasso. Intitulée Picasso, l’art en mouvement, cette exposition immersive retrace l’itinéraire esthétique du cofondateur du cubisme à travers plus de 650 images d’œuvres, photographies d’archives et extraits filmés.
Dans l’écrin minéral des Baux-de-Provence, la pierre calcaire devient toile vivante. Les œuvres se déploient à 360 degrés, portés par une scénographie numérique et une bande son incroyable de justesse. Elle révèle la puissance créative d’un artiste qui n’a cessé de réinventer la peinture moderne.
Une immersion totale dans l’œuvre de Picasso
Conçue par Culturespaces Studio et réalisée avec l’autorisation de Picasso Administration, l’exposition propose un parcours de 40 minutes à travers toutes les périodes majeures de l’artiste.
De l’Espagne natale aux nuits parisiennes, des arènes andalouses aux ateliers de Vallauris, le visiteur traverse les thèmes fondateurs de l’œuvre de Pablo Picasso : la tauromachie, le cirque, la musique, les femmes, la guerre et la paix.
La citation « Un tableau ne vit que par celui qui le regarde » prend tout son sens ici avec une évidence particulière. Dans cet environnement unique, chaque spectateur devient acteur de son propre regard.
De la période bleue au cubisme : les grandes révolutions picturales
La période bleue surgit après la mort de son ami Carles Casagemas. L’œuvre La Mort de Casagemas marque l’entrée dans un univers mélancolique dominé par des tonalités froides. Installé au Bateau-Lavoir à Paris, Picasso peint la pauvreté, la solitude et le désarroi.
Puis vient la période rose, peuplée d’arlequins et de saltimbanques, avant la rupture radicale de 1907 avec Les Demoiselles d’Avignon. Inspiré par les arts africains et océaniens, Picasso déconstruit la perspective classique et cofonde le cubisme avec Georges Braque.
Les formes se fragmentent, les instruments de musique se recomposent en volumes géométriques, les papiers collés introduisent des fragments du réel dans la peinture. L’exposition rend sensible cette révolution visuelle par un jeu de projections dynamiques et immersives.
Guernica et l’engagement politique
Impossible d’évoquer Picasso, sans s’arrêter sur Guernica. Projetée à l’échelle monumentale des Carrières, l’œuvre déploie sa force tragique dans un silence saisissant. Peinte en réaction au bombardement de la ville basque en 1937, cette fresque en noir et blanc devient sous nos yeux un cri universel contre la barbarie. L’exposition prolonge cette séquence avec Le Charnier et Massacre en Corée, rappelant combien la peinture fut pour le peintre « un instrument de guerre offensive et défensive ». La scénographie joue ici sur le contraste entre obscurité et lumière, jusqu’au retour des couleurs avec la colombe et les panneaux de La Guerre et la Paix réalisées à Vallauris.
Femmes, muses et métamorphoses
Les femmes occupent une place centrale dans l’oeuvre de Picasso. Olga Khokhlova, Marie-Thérèse Walter, Dora Maar, Françoise Gilot ou Jacqueline Roque traversent le parcours comme autant de visages transformés par le regard du peintre. Naturalistes, puis fragmentées, déformées ou sublimées, ces figures féminines deviennent le miroir des états émotionnels de l’artiste. L’exposition met en évidence cette évolution stylistique, du réalisme à la déconstruction surréaliste.
Sculpture, céramique et liberté créatrice
Au-delà de la peinture, l’exposition rappelle l’audace plastique de l’artiste. Assemblages d’objets, sculptures filaires, céramiques réalisées à Vallauris : Picasso explore la matière sans formation académique de sculpteur. Une selle et un guidon deviennent Tête de taureau. Un panier et des fragments d’objets composent La Chèvre. Cette liberté expérimentale s’incarne pleinement dans l’espace immersif, où les volumes dialoguent avec la lumière.
Mais quelle bande-son !
La bande-son juste incroyable – de Bizet à Max Richter en passant par Celeste, Herbie Handcock, Erik Truffz ou Dave Brubeck – accompagne avec justesse les différentes séquences du parcours. L’expérience est tout autant auditive que visuelle. L’expo ne se contente pas de montrer des œuvres : elle les met en mouvement, au sens propre comme au figuré.
Une exposition consacrée à Frida Khalo, plus courte (20 minutes), est également proposée. Mais nous y reviendrons bientôt.
Carrières de lumières : Route de Maillane aux Baux-de-Provence

