À l’affiche cette semaine, Un jour avec mon père (titre original My Father’s Shadow) s’impose comme une révélation bouleversante. Premier long métrage de Akinola Davies Jr., ce drame familial, récompensé du BAFTA du meilleur premier film, nous plonge dans une journée décisive à Lagos, entre chaos politique et quête d’amour filial.
Un récit intime sur fond de tumulte historique
Dans le Lagos de 1993, en pleine crise électorale, un père, Folarin, tente de guider ses deux jeunes fils à travers une ville sous tension. Derrière cette errance urbaine, le film déploie un récit profondément personnel, inspiré de l’histoire des frères Davies. Porté par Ṣọpẹ́ Dìrísù, remarquable en père à la fois charismatique et fragile, Un jour avec mon père explore avec finesse les liens familiaux, l’absence et la transmission. Le film tient autant du road movie que du drame introspectif.
Une réflexion universelle sur la paternité
Au cœur du film, la figure du père se révèle dans toute sa complexité. Folarin incarne une masculinité en mutation, tiraillée entre devoir économique et besoin d’affection. À travers cette journée, il apprend que nourrir ses enfants ne suffit pas : il faut aussi leur donner du temps, de l’amour, une présence. Cette thématique, universelle, trouve ici une résonance particulière. Le scénario, coécrit avec Wale Davies, puise dans une expérience autobiographique marquée par la perte du père des deux auteurs.

Lagos, personnage à part entière
Rarement une ville aura été filmée avec autant de vitalité. Lagos devient ici un protagoniste à part entière : bruyante, vibrante, imprévisible. La caméra capte ses contrastes, entre douceur familiale et violence politique. Le contexte historique — l’annulation de l’élection de Moshood Abiola — n’est jamais un simple décor. Il influence directement le parcours des personnages, renforçant la tension dramatique et l’urgence émotionnelle.
Une distribution authentique et habitée
Outre Sopé Dìrísù, le film révèle deux jeunes acteurs non professionnels, Chibuike et Godwin Egbo, dont la complicité naturelle apporte une vérité rare à l’écran. Leur relation fraternelle, réelle dans la vie, irrigue chaque scène. Le casting, majoritairement local, participe à l’authenticité du projet et à son ancrage culturel fort.
Une mise en scène sensorielle et immersive
Visuellement, Un jour avec mon père séduit par son naturalisme. La photographie de Jermaine Edwards privilégie la lumière naturelle, capturant la chaleur et la densité de Lagos. Les décors et costumes recréent avec précision le Nigeria des années 90, malgré le manque d’archives visuelles disponibles. Le résultat : une immersion totale, presque documentaire, au service d’un récit profondément humain.

