Film de la semaine, la corde au cou
© ARP - Stefania Rosini

Le film de la semaine : la Corde au cou de Gus Van Sant

Avec La Corde au cou, Gus Van Sant revient au long métrage avec une œuvre tendue, politique et profondément humaine. Inspiré d’une histoire vraie survenue en 1977, ce thriller captivant dissèque la colère d’un homme ordinaire broyé par le système et interroge, en filigrane, notre rapport contemporain à la justice, aux médias et à l’opinion publique. C’est notre film de la semaine.

Affiche la corde au cou film de la semaine
© DR

Un fait divers américain qui résonne aujourd’hui

Le 8 février 1977, à Indianapolis, Tony Kiritsis, ruiné par un emprunt, commet un acte désespéré : il kidnappe le fils du courtier qu’il tient pour responsable de sa situation. Armé et prêt à tout, il exige cinq millions de dollars et des excuses publiques. La prise d’otage durera 63 heures, sous l’œil des caméras locales puis nationales. Très vite, l’affaire divise l’Amérique. Criminel dangereux ou victime d’un système injuste ? C’est toute l’ambiguïté de cette histoire vraie que le film explore avec une acuité troublante.

Un thriller psychologique

Dès ses premières scènes, La Corde au cou impose une tension palpable. Gus Van Sant choisit une mise en scène épurée, presque documentaire, qui renforce le sentiment d’urgence et d’enfermement. Le huis clos devient ici un terrain d’exploration psychologique où chaque regard, chaque silence, compte. Le réalisateur ne cherche jamais à trancher. Au contraire, il laisse le spectateur naviguer dans une zone grise inconfortable, où empathie et rejet cohabitent. Ce refus du manichéisme fait toute la force du film.

Bill Skarsgård, intensité brute

Dans le rôle de Tony Kiritsis, Bill Skarsgård impressionne. Loin de ses performances plus spectaculaires, il livre ici une composition habitée, nerveuse, presque imprévisible. Face à lui, Dacre Montgomery apporte un contrepoint subtil, tandis qu’Al Pacino, dans un rôle secondaire, ajoute une gravité silencieuse à l’ensemble. Le casting fonctionne comme un trio de tensions : la rage, la peur et la dignité s’y affrontent sans jamais exploser totalement.

Un cinéma d’auteur nourri par une vision politique

Réalisé en seulement 19 jours, le film porte la marque d’un cinéma instinctif, urgent. Gus Van Sant filme l’Amérique périphérique qu’il connaît, celle des laissés-pour-compte, avec une authenticité troublante. Mais La Corde au cou n’est pas qu’un film de son époque. Comme le souligne le cinéaste, il fait écho à notre présent : montée des colères sociales, défiance envers les institutions, rôle des médias dans la fabrication de l’opinion. Le parallèle est saisissant, parfois dérangeant.