Biberonnée à la mode des grands créateurs japonais sans revendiquer une absolue influence, intraitable sur les questions de durabilité, d’éthique et de coupes… Avec Le Vestiaire de Jeanne, Charlotte Le Stum créé, à Nîmes, des vêtements minimalistes, mais certainement pas conventionnels. Libérée du calendrier de la mode depuis quelques années, la marque vit à son rythme, selon ses propres règles.
En février, le label soufflera ses vingt bougies. L’info pourrait paraître banale, mais dans un contexte brulant et turbulent pour l’industrie de la mode, sa longévité est à saluer. En plein bouleversement de notre rapport à la consommation des vêtements, son modèle apparait comme une piste à suivre. Fondé sur le bon sens, celui de la composition d’un vestiaire du quotidien épuré, élégant et différent, il s’inspire des petites maisons de couture avant le boom du prêt-à-porter, tout en utilisant les outils digitaux.
Une marque pionnière du digital
Appartenant à la catégorie des labels Digital Natives, Le Vestiaire de Jeanne s’est d’abord déployé sur le blog de sa styliste et fondatrice avant d’être commercialisé. Un phénomène dont la marque est l’une des pionnières. En phase avec l’accroissement des achats en ligne comme avec les questions de transparence et de sens, ce modèle digital, qui fédère des communautés d’acheteurs autour d’un créateur et de son design, va grandissant. En témoignent les success stories de Rouje ou de Make My Lemonade, issues, elles aussi, des blogs de leurs créatrices.
À Nîmes, Le Vestiaire de Jeanne a su se faire une place au soleil en créant son propre atelier, en cultivant une exigence dans les matières et les savoir-faire, et en imaginant une silhouette immédiatement identifiable. Un style créé d’abord pour Jeanne, la petite sœur de Charlotte Le Stum, et qui se déploie aujourd’hui dans des collections pour la femme et pour l’homme.

Charlotte Le Stum
L’idée de départ n’était pas du tout de commercialiser les vêtements. La couture était une passion. Je ne parlerais pas vraiment de mode, car je ne suis pas les tendances, mais plutôt d’une passion familiale des vêtements et des matières. À l’époque, la mode enfant était beaucoup moins développée que maintenant. Elle était par ailleurs très genrée, ce qui ne nous convenait pas tellement. Des parents d’élèves m’ont contactée pour avoir des vêtements pour leurs enfants. Puis des boutiques.
Confidentiel au départ, Le Vestiaire de Jeanne a vécu plusieurs histoires. Il s’est déployé peu à peu dans des points de distribution en France et au Japon… Avant de réduire sa production et de développer la vente directe, en magasin et en ligne. « L’atelier de sous-traitance avec lequel nous travaillions à Nîmes était en difficulté et a dû fermer. On a ouvert notre propre atelier. Puis avec la COVID, l’absence de visibilité sur l’avenir, et alors que j’attendais ma première fille, nous avons décidé de nous concentrer sur la vente aux particuliers. Cette étape compliquée a finalement été un changement bénéfique, car elle nous a permis d’avoir plus de réactivité dans les commandes, de développer la demi-mesure et de vraiment pouvoir, pour chaque client, fabriquer à la pièce », raconte la créatrice. À l’atelier, les clients ont chacun leur fiche
Un vestiaire unique à collectionner
Volumes amples, lignes rigoureusement minimalistes, praticité et technicité héritée du vêtement de travail… La marque a resserré ses collections autour de basiques à porter au quotidien. S’en détache un petit nombre de pièces plus travaillées. L’ensemble forme une collection qui s’enrichit au fil des idées et inspirations de la styliste. « Les pièces que nous fabriquons ont un certain coût, explique Charlotte Le Stum, elles sont conçues pour durer et pour que de saison en saison, on puisse se construire un vestiaire que l’on a envie de porter en associant les pièces les unes avec les autres. »
Charlotte Le Stum dessine, patronne et monte les vêtements dans son atelier. Situé en plein cœur de Nîmes, au niveau inférieur de l’espace de vente de sa marque, il voisine avec le Square Antonin, le Quai de la Fontaine et la Maison Carrée. Autodidacte, la créatrice a appris en démontant les vêtements pour en comprendre les structures. Puis s’est entourée de stylistes et d’un bureau d’étude avant d’apprendre le patronage et les gradations. Fabriqués à Nîmes, les vêtements sont conçus pour résister à l’épreuve du temps, avec un choix de tissus de qualité. Le Vestiaire de Jeanne travaille beaucoup le lin, sourcé principalement en Italie. Le label a par ailleurs créé une ligne de vêtements avec la toile de jean du fabricant nîmois Ateliers de Nîmes.
Charlotte Le Stum
Une amie m’a dit un jour que je faisais des non-vêtements, c’est-à-dire des formes et une silhouette qui sont assez reconnaissables, sans superflu. Les formes sont tellement simples, qu’elles s’adaptent à tous les âges de la vie. Je porte le même pantalon que ma fille qui a 7 mois et que ma grand-mère qui a 85 ans.
Dans la boutique, des boules de céramiques diffusent une odeur de miel. Fabriquées par un couple de potiers, sa fragrance est devenue emblématique du Vestiaire de Jeanne. En magasin, tout un univers maison et accessoires a rejoint les lignes de vêtements. On y déniche des soins Refeel, des thés L’Infuseur, des lunettes de soleil Babymocs ou des plaids en lambswool TBCo. La première blouse de Jeanne est encadrée. À ses côtés, des photos de la famille de Charlotte ornent le mur. Le Vestiaire de Jeanne en habille chacun de ses membres, de tous les âges, à partir de 1 an. La marque suit l’histoire familiale, mais aussi l’histoire d’autres familles. « Certains clients ont d’abord habillé leurs enfants, puis eux. Ou l’inverse. Ma démarche étant très sincère, je trouve ça vraiment touchant », commente la styliste.
Pour qui ?
Les amateurs d’une mode minimaliste et fonctionnelle, avec ce petit truc en plus qui fait la signature du Vestiaire de Jeanne : volumes, rondeur, lignes impeccables et tissus de grande qualité. Pour ceux, aussi, qui rêvent d’un uniforme radical et signature : classique, mais pas banal. Discret, mais remarquable.
Le Vestiaire de Jeanne. 18, rue Auguste, Nîmes









