Comment faire cohabiter Brad Mehldau et Samuel Beckett, Rammstein revisité au piano et le flamenco contemporain, un spectacle sur la corrida et une création chorégraphique dans les Arènes ? La saison 2026-2027 du Théâtre de Nîmes répond à cette question avec une programmation qui circule librement entre les disciplines sans jamais céder à l’effet catalogue. Danse, théâtre, musique, cirque et flamenco composent une saison où les têtes d’affiche côtoient des artistes en pleine ascension. Un équilibre qui fait la singularité du Théâtre de Nîmes depuis plusieurs années et qui trouve ici l’une de ses expressions les plus convaincantes. Voici quelques morceaux choisis de cette riche programmation 2026/2027.
Dimitri Chamblas ouvre la saison dans les Arènes
Artiste associé du Théâtre de Nîmes, Dimitri Chamblas marque cette saison avec Ulysse Marion, création conçue pour les Arènes de Nîmes. Le chorégraphe y réunit Marion Barbeau et Ulysse Zangs dans un face-à-face traversé par les souvenirs, les bifurcations de vie et les traces laissées par la danse. Le projet s’inscrit dans une réflexion sur les trajectoires individuelles autant que sur la présence des corps dans un espace monumental. Une manière d’ouvrir la saison par une proposition à grande échelle sans sacrifier l’intimité. Quelques mois plus tard, Chamblas reviendra avec À bras-le-corps, pièce devenue un classique de la danse contemporaine, interprétée avec son ami Boris Charmatz.

Une danse contemporaine portée par les écritures d’aujourd’hui
La danse occupe une place centrale dans cette saison. Parmi les rendez-vous les plus attendus figure la nouvelle création de Leïla Ka. En quelques années, la chorégraphe s’est imposée comme l’une des figures les plus observées de la scène française grâce à une écriture physique, tendue et directe, attentive aux questions d’émancipation et de résistance. Cette présence confirme l’attention portée par le Théâtre de Nîmes aux artistes qui redessinent actuellement le paysage chorégraphique européen.

Vincent Delerm, chroniques des détails
Côté musique, Vincent Delerm présente La Fresque, son huitième album. Fidèle à son goût pour les scènes ordinaires et les récits minuscules, le chanteur poursuit ce travail d’observation qui fait sa singularité depuis plus de vingt ans. Chez Delerm, les souvenirs personnels croisent les références culturelles, les lieux et les visages. Une écriture qui préfère la précision à l’emphase et qui trouve sur scène son prolongement naturel.

Brad Mehldau, un maître du jazz en solo
Autre temps fort musical : la venue de Brad Mehldau. Le pianiste américain appartient depuis longtemps au cercle restreint des musiciens qui ont transformé le jazz contemporain. Ses concerts en solo constituent toujours des événements tant son jeu navigue avec une liberté déconcertante entre standards, improvisation, musique classique et répertoire pop. Une présence qui confirme l’ambition internationale de cette nouvelle programmation nîmoise.

Quand le métal rencontre le piano : le pari du Duo Jatekok
La curiosité de la saison passe aussi par Rammstein on the Beach du Duo Jatekok. Le point de départ pourrait ressembler à une plaisanterie : adapter l’univers du groupe allemand Rammstein pour deux pianos. Mais le projet dépasse largement l’exercice de style. Les pianistes Adélaïde Panaget et Naïri Badal confrontent la puissance du métal aux procédés répétitifs de la musique minimaliste dans une forme qui tient autant du concert que de l’expérience sonore.

Théâtre : de la tradition locale à l’universel
Le théâtre navigue entre grandes œuvres du répertoire et écritures contemporaines. Avec De Lumière, Jean-Baptiste Tur s’empare de la culture taurine sans chercher à trancher le débat. Nourrie d’enquêtes de terrain menées en Occitanie, la pièce interroge les héritages, la transmission et le rapport collectif à la violence. À Nîmes, le sujet ne pouvait qu’entrer en résonance avec le territoire.

Avec Dans le couloir, Jean-Pierre Darroussin et Christine Murillo se retrouvent autour d’une pièce qui fait beaucoup avec presque rien : un palier, deux voisins et des années de rendez-vous manqués. Derrière cette situation minimale se dessine une méditation délicate sur la solitude, le temps qui passe et les existences parallèles qui se frôlent sans se rejoindre. On imagine déjà ce que ces deux interprètes, passés maîtres dans l’art du détail et de l’inflexion juste, peuvent tirer de ce matériau : un théâtre à hauteur d’humain, où les silences comptent autant que les mots.

Israel Galván et Mohamed El Khatib : une rencontre inattendue
Parmi les spectacles les plus intrigants figure Israel et Mohamed. D’un côté, Israel Galván, figure majeure du flamenco contemporain. De l’autre, Mohamed El Khatib, auteur et metteur en scène dont le travail brouille constamment les frontières entre documentaire et fiction. Leur rencontre promet un dialogue sur les identités, les héritages et les représentations, à partir de deux parcours artistiques qui n’avaient, a priori, aucune raison de se croiser. On a hâte.

Beckett toujours
Les grandes œuvres ne sont pas absentes de la programmation. En attendant Godot, mis en scène par Jacques Osinski, avec un duo de comédiens incroyables (Denis Lavant et Jacques Bonnaffé), rappelle à quel point Beckett demeure un contemporain. Dans un paysage théâtral souvent dominé par l’actualité immédiate, retrouver Vladimir et Estragon permet de mesurer la permanence de certaines questions : l’attente, le temps, l’incertitude, la nécessité de continuer malgré tout.

La rhétorique comme sport de combat
Avec L’Art d’avoir toujours raison, la compagnie Cassandre adapte le célèbre texte de Schopenhauer consacré aux stratagèmes de la controverse. À l’heure des réseaux sociaux, des débats télévisés et des affrontements permanents de l’opinion, cette plongée dans les mécanismes de l’argumentation apparaît moins comme une curiosité philosophique que comme un outil de décodage du présent.

Le Festival Flamenco, colonne vertébrale de l’hiver nîmois
Du 8 au 17 janvier 2027, le Festival Flamenco fête sa 37e édition. Nîmes s’est imposée au fil des années comme l’une des références mondiales du flamenco et cette édition ne déroge pas à la règle. Deux premiers noms sont d’ores et déjà annoncés. Le 9 janvier, Persecución rend hommage à Juan Peña « El Lebrijano » et au poète Félix Grande, créateurs en 1976 de cette œuvre qui raconte l’histoire du peuple gitan entre exil et résistance. Sous la direction musicale du guitariste Pedro María Peña, la voix de José Valencia ressuscite l’âme du maître. Le 10, Andrés Marín présente Desierto : une œuvre d’une rare intensité où le flamenco devient une expérience sensorielle et méditative, habité par la mémoire de l’Alameda de Hércules à Séville et la voix charismatique d’Ezequiel Benitez. Le programme complet sera dévoilé en novembre prochain.

Une saison qui fait confiance aux spectateurs
Ce qui frappe dans cette saison 2026-2027 du Théâtre de Nîmes, c’est moins la juxtaposition des disciplines que leur circulation permanente. La danse dialogue avec la musique, le théâtre avec le documentaire, le flamenco avec les formes contemporaines. Entre Dimitri Chamblas dans les Arènes, Leïla Ka, Vincent Delerm, Brad Mehldau, le Duo Jatekok, Israel Galván, Mohamed El Khatib ou Beckett, le Théâtre de Nîmes compose une programmation qui ne cherche pas à rassurer les publics par les seules têtes d’affiche. Elle mise au contraire sur la curiosité, les croisements et les écarts.
La programmation complète, la billetterie : Théâtre de Nîmes


