Peintre de tous les excès, des étoiles brillantes et démesurées, d’une œuvre exaltée, vibrante et destructrice… Vincent van Gogh et sa marginalité sont le prétexte de Suspects – Van Gogh, Triscksters & Co, une exposition aussi jubilatoire qu’euphorisante à la Fondation Vincent van Gogh à Arles, jusqu’au 18 octobre.
Fascinante de modernité et d’éloquence, Suspects – Van Gogh, Triscksters & Co ressuscite le talent fédérateur de Van Gogh, peintre cramé par la passion et la soif d’absolu, en faisant surgir, autour de deux de ses œuvres : Crâne de squelette fumant une cigarette (1886) et Autoportrait à la pipe (1886), des artistes dont la manipulation du chaos et du sarcasme font éclore des fulgurances. Le peintre néerlandais dont le comportement borderline provoqua une pétition des habitants d’Arles en 1889 – le document est exposé en introduction de l’exposition – y est considéré comme le fer de lance d’un art majeur, celui de la dissidence.
Vincent van Gogh, lettres à Theo
Involontairement je suis devenu plus ou moins dans la famille un espèce de personnage
impossible et suspect…Cela me tente tant – non pas la boisson, mais la peinture de voyou.
Jean de Loisy, commissaire de l’exposition
On a essayé non pas de montrer les formes que van Gogh a produites, mais ce que son attitude a produit.
Orchestrée par Jean de Loisy et Margaux Bonopera, l’exposition dévoile des œuvres produites depuis 1971 par un panthéon d’artistes excentriques et marginaux, dans un mouvement universel : 33 architectes de la provocation et du trouble nécessaires à l’explosion des convictions et à l’ouverture des esprits.
Au tableau d’honneur de l’insolence, Picasso est un faiseur de tours, tricksters en anglais, catapultant une galerie d’autoportraits, de Pierrots et d’Arlequins à Arles par le biais d’un don de 58 œuvres à la ville. La Fondation Vincent van Gogh a pioché dans cette fabuleuse donation plusieurs œuvres du maitre catalan.

Quarante huit portraits-robots de Maurizio Cattelan tracés par des services de police désignent le facétieux artiste italien comme coupable. Une photo d’Andy Warhol par Christopher Makos en clowns, les 144 tentatives de sourire ou Le grand mur à la matière fécale de Jacques Lizène, les mises en scène de soi tranchantes ou misérables du dandy et travesti Urs Lüthi, un Autoportrait au slip de Nina Childress… Dans toutes ces œuvres, la marginalité, les pitreries et l’insolence brûlent intensément.
Foisonnante, jubilatoire, poétique et ponctuée de multiples secousses, cette exposition est incontournable et indispensable. La bonne nouvelle ? Le catalogue richement illustré de Suspects – Van Gogh, Triscksters & Co parait le 19 juin.

Suspects – Van Gogh, Tricksters & Co. Du 22 mai au 18 octobre 2026. Fondation Vincent van Gogh Arles, 35 ter, rue du Docteur-Fanton, Arles. +d’infos




