Distordre l’image, provoquer l’accident, taquiner des siècles d’art pictural, user d’un humour corrosif… Jusqu’au 11 octobre, Tursic & Mille font leur révolution au Carré d’Art, à Nîmes.
Depuis plus de vingt-cinq ans, le terrible duo de Dijon fait de la peinture son jouet préféré. Elle est le sujet principal de ses questionnements, un outil critique ouvert à toutes les expérimentations. Dans l’œuvre d’Ida Tursic et Wilfried Mille, les techniques et les styles sont en perpétuel mouvement. Défier la peinture est une routine qui s’opère sans prendre de gants. Élevée au rang d’objet central de leurs explorations, elle se frotte à une solide culture iconographique. Les deux artistes manipule images et références historiques tout en auscultant notre faculté de discernement. Intitulée Dissonances à géométries variables, l’exposition de l’été au Carré d’Art, a l’art et la manière de mettre le regard et l’image à l’épreuve en n’épargnant rien à son médium d’élection.
Peinture, collage, recyclage de photos, jeux de matières… À tous les étages, les techniques et les strates se superposent. Le couple compose toutes ses œuvres à quatre mains. Il mélange figuration et abstraction, convoque l’iconographie contemporaine, les archétypes populaires et l’histoire de l’art. Il s’autorise à déborder de la toile. L’humour est sous-jacent dans chacune des œuvres. L’exposition en réunit plus d’une cinquantaine, au rang desquelles des inédits dont la peinture était à peine sèche le jour de l’accrochage.

Une liberté de styles et de registres
Par le jeu des anachronismes, des ruptures et de la multiplication des registres visuels, Tursic & Mille provoquent un décalage permanent. La peinture est un support de pensée dépourvu de notions purement esthétiques. La liberté de style est la seule règle. La catastrophe est un thème récurrent. Les clichés du bonheur sont incendiés, la beauté détournée, les proportions déformées, le portrait transformé en nature morte… Le couple pointe l’absurdité de la rhétorique publicitaire, se moque des prescripteurs de « bon goût » et joue avec les registres du kitsch. L’accident n’est jamais loin.
La composition des œuvres de Tursic & Mille est d’une folle richesse narrative. Le parcours dans l’exposition est un terrain de jeu aussi passionnant qu’intrigant. De quoi se réjouir d’avoir encore un peu plus d’un mois pour la (re)découvrir.

Tursic & Mille, Dissonances à géométries variables. Jusqu’au 11 octobre 2026. Carré d’Art – Musée d’art contemporain, 16, Place de la Maison Carrée, Nîmes.
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