Cafetière Moka
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La romanesque histoire d’une cafetière nommée Moka : la saga d’une famille italienne

Tout le monde n’a pas la chance d’avoir une famille italienne. Faire du café dans une cafetière Moka, c’est un rituel naturel, une tradition en Italie. Une odeur, un frémissement, le son de la cafetière que l’on visse jusqu’à l’obtention du Graal, un café serré juste comme il faut. C’est l’histoire de cette Moka que Celestina Bialetti, la fille de l’inventeur Alfonso, a décidé de nous raconter.

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Le pari d’un roman sur un objet

Écrire un roman sur une cafetière relève du défi littéraire. Comment tenir un lecteur en haleine avec un objet en aluminium qui n’a quasiment pas changé depuis 1933 ? Alessandro Barbaglia et Celestina Bialetti répondent par un choix narratif simple et efficace : faire de la Moka un témoin, pas un sujet d’étude.

Le livre suit l’entreprise familiale Bialetti depuis sa création jusqu’à la diffusion mondiale de la cafetière, en traversant les années de guerre puis le miracle économique italien, jusqu’à cette consécration inattendue : l’entrée de la Moka dans les collections permanentes du MoMA de New York, aux côtés des grandes références du design du XXᵉ siècle. Mais à aucun moment le texte ne bascule dans le récit corporate. Les auteurs privilégient les scènes de cuisine, les silences entre les générations, les petits gestes répétés qui font l’histoire d’un objet autant que celle d’une famille.

Plan de la cafetière MOKA Bialetti
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Une cafetière, un siècle, une famille

Ce qui frappe à la lecture, c’est la capacité du roman à faire tenir ensemble trois échelles de temps : l’histoire intime d’une famille, l’histoire industrielle d’une entreprise, et l’histoire collective d’un pays qui se reconstruit après-guerre. La Moka circule entre ces trois strates sans jamais perdre de sa simplicité.

Le résultat ressemble à une saga familiale plus qu’à une success story. Les doutes d’Alfonso Bialetti, les choix risqués, les hasards qui auraient pu tout faire basculer : le roman ne lisse rien. C’est précisément ce qui le rend crédible pour un lecteur curieux de design, habitué aux récits trop polis sur les objets cultes.

Ce que le livre raconte de l’Italie

La Moka appartient à une famille d’objets devenus emblèmes nationaux malgré eux : la Fiat 500, la Vespa, les machines à écrire Olivetti. Tous partagent la même trajectoire, celle d’un design pensé pour durer, conçu dans un contexte industriel précis, puis adopté massivement au point de devenir un symbole.

Le roman s’inscrit dans cette filiation. Inventée par Alfonso Bialetti dans les années 1930, la cafetière impose un nouveau geste domestique grâce à la pression de la vapeur. Sa silhouette octogonale, sa chambre supérieure et son bec verseur n’ont presque pas bougé depuis. Le livre rappelle, sans jamais le formuler de façon didactique, qu’un design abouti n’a pas besoin d’être réinventé pour rester pertinent.

La romanesque histoire d’une cafetière nommée Moka

Par Alessandro Barbaglia et Celestina Bialetti aux Éditions Liana Levi

traduit de l’italien par Jean-Luc Defromont

20 €